Je m’appelle Jean-Baptiste ALAIZE et je suis né le 10 mai 1991 au BURUNDI.

Comme je le dis souvent, j’aime la compétition et j’aime gagner.
À chaque compétition, j’essaie de me surpasser afin d’accumuler les victoires.

Je fais aujourd’hui partie de l’équipe de France d’athlétisme handisport et suis devenu champion du monde junior et recordman du monde junior de saut en longueur.

Une belle revanche sur un passé douloureux qui m’a marqué à vie.

J’ai été victime du génocide au BURUNDI en 1994 à l‘âge de 3 ans.
Des barbares armés de machettes sont entrés dans notre maison.

Ils m’ont pris ma mère et moi. Dehors, ils ont décapité ma maman, sous mes yeux, et m’ont asséné plusieurs coups de machette. Quatre en tout qui m’ont fait énormément souffrir, dont un qui m’a sectionné la jambe droite.
Je me souviens de la douleur, de leur voix, de ma peur. De tout. Ils m’ont cru mort. L’un d’entre eux a dit : “Laisse-le, il est fini”. Alors j’ai fait le mort pour qu’ils ne reviennent pas. Je me suis réveillé à l’hôpital. Sans ma jambe.

Pendant quatre ans, le petit Mugisha – c’est mon prénom burundais qui signifie l’enfant du bonheur – a réappris à marcher, sur un pied. Et en 1997, Mugisha est devenu Jean-Baptiste.

Mon père m’a en effet envoyé en France en avril 1997 pour me faire appareiller et j’y suis finalement resté.
J’ai été adopté par une famille de Montélimar : la famille ALAIZE.

Très vite, je comprends que le sport transcende les gens, notamment à travers la magnifique victoire de l’équipe de France de Football le 12 juillet 1998.
Alors je me dis : pourquoi pas moi ?

J’essaye tout d’abord l’équitation puis tombe rapidement amoureux de l’athlétisme.

Je deviens champion UNSS au collège sur 150 m.
Un mois plus tard je deviens triple médaillé d’argent aux Mondiaux Juniors !

J’intègre alors le club de Béziers. Celui-ci casse sa tirelire pour me permettre de m’acheter une lame en carbone : 9.000 euros !

C’est à partir de là que commence ma rédemption.
J’intègre l’Insep et je fais aussitôt tomber le record du monde de la longueur des moins de 23 ans avec un saut à 6,42 m et je cours le 100 m en 11″80’.

J’ai besoin de me défouler. J’ai envie de rattraper le temps perdu et éprouve une envie de réussir, comme si j’étais redevable.

Mon passé me pousse à me transcender. Le handicap n’enlève rien aux émotions universelles du sport, à la joie de la victoire, à la détresse de la défaite.

Pour une personne handicapée, le sport demeure une magnifique manière de s’intégrer dans la société. Par le sport, on se reconquiert, on reconstruit son enveloppe charnelle et on va plus facilement vers les autres.

Le sport aide à la restructuration de l’image du corps.

En mars 2013, seize ans après mon départ, je décide de retourner au Burundi, sur les terres qui m’ont vu naître et traverser les plus grandes épreuves de ma vie.

J’ai été accueilli par ma famille, et notamment mes 2 sœurs, à Bujumbura, la capitale du pays.

Je ressentais au fond de moi le besoin de connaître la vérité sur mon passé.
Les deux semaines passées dans mon pays natal m’ont fait grandir.
J’ai réalisé là-bas que je n’avais qu’une vie et pas deux.

Durant l’été 2013 j’ai eu la chance de me voir proposer l’opportunité de m’entraîner dans le groupe d’athlètes coaché par Sylvanues HEPBURN, l’un des coaches les plus titrés en athlétisme (Sylvanues était l’entraîneur d’Allen Johnson le champion olympique et du monde de 110m haies et est actuellement l’entraîneur de Ladji DOUCOURE).

Après mûre réflexion, j’ai décidé de saisir l’opportunité qui m’était offerte (et qui ne se représentera peut être pas) et de partir m’entraîner à Columbia en Caroline du Sud au États Unis.

Depuis le 14 octobre 2013 je m’entraîne donc avec Sylvanues HEPBURN.

Une nouvelle expérience, une nouvelle méthode de travail, une nouvelle façon d’aborder l’entraînement et la compétition, le fait de progresser en anglais, l’ensemble de ces éléments ont fait que j’ai franchi le pas et que, quels que soient mes résultats sportifs futurs, je reviendrai plus fort et plus aguerri pour affronter les épreuves que la vie ne manquera pas de me réserver.

Jean Baptiste Alaize, alias Mugisha

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