Le pays a émis 400 millions de dollars d’obligations à 10 ans, à un taux de 6,875 %.
La demande de titres aurait atteint 3 milliards de dollars, soit la moitié du PIB local.

Un succès incroyable, qui illustre l’appétit très fort des investisseurs pour la dette émergente. Près de vingt ans après le génocide qui avait fait 800.000 victimes, le Rwanda a réussi hier sa grande première sur les marchés de la dette. Le pays a émis 400 millions de dollars d’obligations à 10 ans. La demande de titres aurait atteint, selon des sources financières, quelque 3 milliards de dollars, soit près de la moitié du PIB de ce petit pays d’Afrique centrale ! Le rendement de l’obligation est ressorti dans le bas de la fourchette, à 6,875 %. Cela situe les taux du pays sur cette échéance entre le Portugal (5,7 %) et le Venezuela (9,9 % pour la dette en dollars). La dette du Rwanda est classée dans la catégorie « spéculative », Standard & Poor’s et Fitch lui attribuant la note « B » (5 crans en dessous de la catégorie « investissement »). Le gouvernement rwandais avait mandaté BNP Paribas et Citigroup pour mener l’opération.

Rendements

La taille de l’émission ne lui a pas permis d’intégrer l’indice d’obligations souveraines émergentes de JP Morgan (la barre étant placée à 500 millions de dollars), qui fait référence. Mais cela n’a pas semblé entamer l’appétit des marchés. Dans un contexte de taux d’intérêt très bas sur les obligations des grands Etats, les rendements proposés par les pays émergents séduisent de plus en plus d’investisseurs. Qui semblent aussi moins regardants sur les risques encourus… De nombreux pays en profitent pour lever de la dette, à l’instar de l’Indonésie ou la Hongrie. Même la Mongolie, le Paraguay ou la Bolivie viennent tenter leur chance. Du côté africain, le Nigeria, le Kenya, la Zambie, le Sénégal ou le Ghana ont réussi à lever des fonds en attirant une forte demande.

Le Rwanda utilisera l’essentiel des fonds levés pour financer la construction d’un centre de conférences à Kigali, le plan de développement de la compagnie RwandAir et un barrage hydroélectrique. Au cours des dix dernières années, ce pays où la pauvreté frappe encore près de la moitié des 11 millions d’habitants, a enregistré un taux de croissance annuel de 8 % en moyenne, dont 7,7 % en 2012. « La note du Rwanda est soutenue par des politiques économiques solides et des réformes structurelles bien engagées, ainsi qu’une dette publique faible (23,3 % du PIB en 2012) », a relevé Fitch. Kigali veut atteindre une croissance moyenne de 11,5 % sur la période 2013-2017, selon le président rwandais, Paul Kagamé. Le budget du Rwanda dépend à 40 % de l’aide étrangère et il a dû revoir son budget 2012-2013 à la suite de la suspension d’aides en raison du soutien supposé de Kigali à une révolte au Congo voisin.

Guillaume Maujean

Source : Les Echos


L’incroyable appétit des investisseurs pour la dette du Rwanda

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